
Document extrait de la revue DQCD Numéro 6 de juin 2006 DQCD numéro 6 ( voir & imprimer en en pdf)
Rousses. « Je suis petite » ! Petite ?
Ce n’est pas faux, si l’on compare aux banlieue de Rousses ( Mende, Montpellier, Nîmes, Ales, ou … Florac qui est implanté à moins d’années-lumière. » Petite » aussi lorsqu’on la confond avec » Les Rousses » ( Jura ) aux pentes glissantes
Ce que n’est pas, ce que n’est plus Rousses !
La commune de Rousses s’étale au sud du département de la Lozère.
Rousses 1862: 380 habitants, 98 foyers
Rousses 1874: 339 habitants
Rousses 1999 : 86 habitants
Rousses 2006 : la population a augmenté
On peut lire 14 noms d’hommes sur le discret monument aux morts, écho de Rousses 14/18. Ces forces vives disparues ont pesé aussi sur la désertification rurale.
Rousses 1862. : Alexandre RODIER, l’un des instituteurs, dresse sur commande un état des lieux : 3 moulins, écoles (un échantillonnage du possible : 1 école de filles, 1 école de garçons, 1 école mixte.)
Les hameaux de la commune détaillés par ces instituteurs sont toujours là ; ce sont, dans le désordre, Cabrillac, Massevaques, Montcamp, les Ablatats, le Prat-Nouvel, Carnac, le Gâ, Rousses, cette dernière composée des Roussels, du Village et du Moulin.
Il y a deux hôtels à l’époque et la commune de Rousses produit également de quoi nourrir elle-même et « les animaux à laine », les vaches, les bœufs, etc.. Elle « échange » avec le Gard, son voisin, « châtaignes, blé, fourrage contre du vin et autres comestibles. »
« Il n’y a aucune industrie » ; « point de sociétés savantes » ; « les enfants ne restent en classe que quelques mois et puis quittent l’école pour aller garder des moutons, des bœufs, vaches etc. ou traîner la charrue… »
Il n’y a pas de monuments notables », et l’instituteur du XIX siècle ajoute que le cas échéant il se serait fait un plaisir d’en faire des dessins qu’il aurait adressés à son chef hiérarchique, commanditaire des rapports. Eh oui ! La photographie ne battait pas son plein.
Rousses 2006 n’a plus d’auberges, ni d’hôtels, ni de moulins à moudre actifs, elle n’a plus que trois fermes (chèvres, d’une part ,embouches et lait de vaches d’autre part), plus de magasins, plus d’agence postale, plus de service d’autocar, plus de projections régulières de films, plus de Camisards, pas de lèche-vitrines, pas de marchés, pas de foires, pas de fast-food, pas de médecin, kiné, dentiste, pompiers, tabac, papeterie, presse…
Désolation désespérante ? Emigration imminente ?
Voyons voir !
Les rapporteurs ci-dessus comptabilisaient les » chemins praticables. »
Les routes actuelles le sont, même si le resurfaçage se fait parfois tirer l’oreille. Roussines et Roussins disposent de voitures automobiles qui les mettent en relation avec les banlieues susnommées. Et bouchers et boulangers utilisent leurs fourgons pour livrer des « comestibles » à qui ne peut, n’a pu ou ne veut, se déplacer.
Ces fournisseurs sont précieux également en périodes de vacances, notamment pour les campeurs et estivants, ou résidents secondaires.
Parce que la commune de Rousses ne manque pas d’attraits !
Inventorions les ressources : Noté par l’un des rapporteurs : « on remarque dans cette commune l’ancien château des Roussels qui du temps des Camisards servait de refuge aux grands seigneurs. C’est dans ce château que Monsieur DE VERNIS pendant la belle saison venait prendre l’air doux et bon qui sort de la rivière répandant ses doux zéphyrs. « Certes, plus de château (depuis le début XVIII »), mais un climat plaisant ; il ne fait quasiment jamais lourd en été à Rousses : altitude moyenne 742 mètres, dirons-nous. Rousses n’est pas une morne plaine.
On peut y randonner par monts et par vaux spectaculaires, par randonnées allant d’une heure à cinq, sur des chemins repérés et « praticables. »
L’Aigoual, titulaire des nombreux records (vents, pluie, précipitations diverses, jolie vue) n’est qu’à 16 km.
L’eau de la rivière Tarnon est claire, et cache de son mieux de belles truites. La température de l’eau ne tente pas d’imiter celle des trempettes à la Guadeloupe, mais on s’y habitue fort bien. Les canyonnistes disciplinés trouveront de l’eau à qui parler aux chutes du Tapoul.
On peut encore humer les ci-avant zéphyrs ; l’air n’est pas celui du centre de nos banlieues industrialisées et motorisées.
Quand on procède avec silence et retenue, il n’est pas rare d’entrevoir des membres actifs de la faune des Cévennes : blaireaux, renards, belettes, écureuils roux, cervidés, castors, oiseaux divers, pardon à ceux que l’on a oubliés tels les batraciens et reptiles par exemple.
1874: E. TARDRES, également instituteur à Rousses, saluait ainsi le commanditaire des rapports : » recevez, Monsieur l’Inspecteur d’Académie, l’assurance du plus profond respect avec lequel j’ai l’honneur d’être, monsieur l’inspecteur d’Académie, votre très humble, très obéissant et tout dévoué serviteur. » A Rousses, l’institutrice 2006 ne salue plus ainsi, mais elle s’occupe de sa classe unique forte de 10 élèves avec grâce, dévouement et compétence ; les autorités ne lui demandent pas d’être secrétaire de mairie, géographe, historienne locale, journaliste.
Les jeunes du village font des études, et beaucoup accèdent aux niveaux post-bacs. La proportion de jeunes dans la pyramide des âges 2006 est importante.
Si les rapports sus-évoqués ne signalent ni maréchal-ferrant ni réparateur de charrettes bovimobiles, notons qu’il y a un garage dans la Rousses 2006. Il y a aussi un artisan en alu et pvc ; un électricien-plombier ; une scierie dont on se félicite des multiples services rendus. Et point n’est besoin d’accéder soi-même au pis généreux des vaches laitières pour néanmoins se procurer du bon lait entier au GAEC. Il y a deux ramassages laitiers sur la commune. Rousses a conservé son caractère agricole ; moins d’exploitations agricoles, certes, mais le nombre de bovins est nettement supérieur à celui du XIX° siècle. L’irrigation intégrée a 42 ans ; l’eau courante également.
L’accueil ? Rousses dispose de gîtes et d’un camping.
Accueil et rencontres aussi au Foyer Rural actif, privilèges que n’avaient pas nos ancêtres. Et tout le monde se dit bonjour lors des rencontres fortuites. On observe qu’une telle civilité agréable et spontanée n’est pas coutumière dans la banlieue de Rousses ou à Paris.
2006 verra la réalisation d’une Place de village et, à proximité, du Café de pays, qui prendront leur part active à l’accueil et l’animation : il y a une dynamique à Rousses
Il y a possibilité d’exploitation forestière également.
Des personnages « phares » ? Un chef Camisard est né à Massevaques, CASTANET ; une plaque commémorative le rappelle.
- Agulhon (préfecture), les pasteurs BOURDON et CHAZEL restent dans les mémoires (L’accueil discret mais précieux d’enfants juifs pendant les heures sombres de la 2ième guerre mondiale.)
Le doyen de Rousses est salué clins l’encart ci-contre.
Pour conclure, ce n’est sûrement pas faute de place ailleurs que beaucoup de personnes vivent, viennent et reviennent à Rousses. Pour qui serait claustrophobe, de vastes espaces sont disponibles; et que l’agoraphobe se rassure: l’été, à Rousses, la population n’atteint jamais la densité d’une plage bleue ou d’une artère centrale de Londres ou de Colmar.
Je suis petite mais j’ai bel air.
Gens d’ici, gens d’antan et d’aujourd’hui
Trois habitants de Rousses qui résistèrent à l’oppression
André CASTANET / 1676-1705
Sa maison natale est à Massevaques. Il fut prédicant et chef camisard dans la région de l’Aigoual. Au nom de sa foi protestante, il résista au pouvoir royal. Lorsqu’il fut supplicié sur la place du Peyrou à Montpellier le 26 mars 1705, il refusa d’abjurer.
Joseph BOURDON / 1887-1959
Sa maison familiale est aux Ablatats. Pasteur installé à Mende, il fait partie avec son épouse du réseau » Commission Inter Mouvement Auprès Des Evacués » (CIMADE) qui œuvre depuis le début de la seconde guerre mondiale en faveur des réfugiés. Puis il vient en aide à de nombreux juifs et antifascistes en leur fournissant des faux papiers et en leur trouvant un refuge. ll accueille secrètement des juifs dans sa maison des Ablatats. Il fut reconnu « Juste parmi les Nations.
Albert AGULHON / 1898-1969
Né à Carnac. Chef de bureau à la préfecture de Mende durant la guerre 1939-1945 et après la libération. Situé à un poste clé, il se met à la disposition de la Résistance à partir de 1943
- Il aide les clandestins en établissant de fausses pièces d’identité
- Il procure un asile sûr dans les Cévennes à de nombreux juifs, notamment avec l’aide des pasteurs BOURDON et CHAZEL
- Il avertit les personnes menacées par le gouvernement de Vichy (STO, résistants, juifs).
Dans cette petite commune où la proportion de jeunes est importante, il est en quelques sortes un repère, la mémoire du village.
Gorges Aurès, né le 29 mars 1912, est notre doyen. Au rythme des heures égrenées par l’horloge du village qu’il a fidèlement remontée pendant des décennies, ses années se sont succédées avec leurs joies, leurs peines, jusqu’à ce jour.
Né dans une famille d’agriculteurs il a aussi tenu l’agence postale et assuré la distribution du courrier avant que la dernière guerre ne l’expatrie en Allemagne pendant cinq longues années. Au retour il a repris ta ferme familiale dont il a assumé la charge avec son épouse Denise, née au Moulin de Gratte-Cal.
Travailleur infatigable, d’une énergie étonnante, il a poursuivi ses activités jusqu’à ce jour. Il fut l’un des premiers conducteurs de la commune et n’a jamais cessé de fréquenter assidûment les Foires de Florac. Adjoint au maire pendant des années, il continue à s’intéresser à la vie du village, mais aussi à la vie du pays.
Nous lui souhaitons de continuer à couler des jours paisibles à l’ombre du clocher.
Les employés municipaux
A l’occasion du goudronnage printanier des routes de la Communauté, rencontre avec quelques-uns des 12 employés des communes. 5 d’entre eux sont à temps partiel. Ils se retrouvent à 6-8 pour entretenir les routes et les chemins deux fois par an. Dans la mesure du possible ces travaux sont effectués début mai et en septembre pour ne pas coïncider pas avec les travaux de fauche et les premiers froids. Il n’est pas forcément possible de travailler à tous les endroits qui le nécessiteraient. Ils privilégient donc les secteurs les plus abîmés sur les communes, chacune à leur tour. Ils attendent de recevoir des tenues appropriées commandées par l’intercommunalité. La plupart apprécient de travailler en équipe quelquefois.
Création de l’association
Hameaux durables en Cévennes »
Les réunions de l’atelier ‘territoire éco-citoyen’ ont permis à la Communauté de communes de créer cette association dans le but de renouer avec des pratiques responsables de construction de logements.
Il s’agit de promouvoir de l’habitat groupé avec le souci de ‘identité paysagère traditionnelle, des savoir-faire et du respect de la nature (matériaux sains). Une réflexion importante est notamment menée sur la question de l’économie d’énergie par la conception de maisons mieux disposées et étudiées thermiquement au préalable. En clair, des habitations qui coûtent moins cher à l’utilisation…
L’enjeu est aussi de maîtriser la spéculation foncière de ces hameaux en trouvant un partenariat juridique entre la collectivité et les habitants. Des possibilités existent car cette démarche, innovante en Lozère, se travaille déjà dans d’autres endroits de France. La mixité sociale est un objectif et une condition de la réussite du projet. C’est en créant du lien entre les gens, entre les générations, que l’on peut réapprendre à vivre une vraie vie de village.
Le besoin de logements est une nécessité vitale pour nos communes, nos services. La création d’un hameau durable est une solution en ce sens qui peut intéresser par exemple des familles très occupées, leurs enfants y étant moins seuls, ou des retraités comme une issue à l’isolement.
Il s’agit surtout de ne pas se démarquer des lieux de vip déjà existants dans le village. Le hameau doit s’intégrer à la vie locale comme au paysage ! Il pourrait d’ailleurs être intelligent de construire ce hameau dans la lignée du bâti existant. Actuellement, l’association recherche sur le territoire de la Communauté – mais pas uniquement ! – les terrains appropriés pour ce projet. Il s’agit d’aller à la rencontre des bonnes volontés… Toutes les propositions seront les bienvenues, et toute personne intéressée peut naturellement adhérer ou simplement échanger sur cette démarche.

Pour joindre l’association 04.66.45.19.50 Ou 04.66.94.05.08




